Selon une enquête de l'Office national des statistiques (ONS), réalisée en 2004, plus de 90 % des chefs d'entreprises peinent à trouver des cadres qualifiés tandis que 21 % d'entre eux jugent que le niveau de qualification de leur personnel est insuffisant. Sous-qualification ou déficit absolu, comme dans le cas du bâtiment qui souffrirait d'un manque de 400 000 à 500 000 ouvriers maçons, selon Omar Ramdane, président du Forum des chefs d'entreprises et lui-même patron d'entreprise dans les matériaux de construction.
Manifestement, ce n'est pas tant les capitaux qui feraient défaut à l'économie algérienne mais le savoir et le savoir-faire. L'Algérie a 50 milliards de dollars de projets dans le plan de consolidation de la croissance économique (PCCE), fait observer Abdelhak Lamiri, professeur en management, mais il n'y a pas de gestionnaires de projets. C'est là, semble-t-il, où le bât blesse. Comment, en effet, cibler la modernisation de l'économie, la mise à niveau des entreprises, la compétitivité face à la concurrence internationale, si on ne place pas au centre des préoccupations l'élément clé de cette stratégie, à savoir la qualité de la ressource humaine. Il faut utiliser l'argent du PCCE pour moderniser l'appareil de formation, recommande en conséquence le Professeur Lamiri.
Le système d'éducation doit se mettre au diapason...
Tout le monde se plaît aujourd'hui à le souligner que le système national d'éducation et de formation doit se mettre au diapason des exigences de la relance économique. Et, on le sait, ce n'est pas par ses performances quantitatives que ce système pêche le plus. Chaque année, l'enseignement primaire et secondaire accueille plus de 8 millions d'enfants, tandis que la formation professionnelle concerne un effectif de plus de 300 000 élèves. Ce dernier produit quelque 100 000 diplômés par an. Le cycle secondaire fournit, quant à lui, autour de 150 000 bacheliers par an. L'Université et les instituts de l'enseignement supérieur ont mis sur le marché du travail, en 2002, 80 000 diplômés.
L'appareil de formation professionnelle, proprement dit, qui doit préparer, en principe, à l'entrée opérationnelle dans la vie active, est relativement développé comparativement aux autres pays du Maghreb. Il dispose d'importantes capacités pédagogiques de près de 200 000 places outre un encadrement constitué de plus de 10 000 formateurs. Le réseau des établissements de formation professionnelle comprend plus de 700 centres de formation professionnelle et d'apprentissage (CFPA), chargés de la formation initiale d'ouvriers spécialisés, d'ouvriers et agents qualifiés, d'ouvriers et agents hautement qualifiés et d'agents de maîtrise et de techniciens. Une soixantaine d'instituts nationaux spécialisés de formation professionnelle (INSFP) sont en charge de la formation initiale de techniciens et de techniciens supérieurs dans onze branches professionnelles. Ce secteur dispose également d'instituts chargés de la formation, du perfectionnement et du recyclage de formateurs ainsi que de l'élaboration des programmes de formation.
Les formations initiales ou continues diplômantes sont sanctionnées par cinq diplômes d'Etat :
lle certificat de formation professionnelle spécialisée (CFPS) qui est un diplôme donnant accès à une qualification professionnelle de type OS (ouvrier spécialisé),
lle certificat d'aptitude professionnelle (CAP) correspondant à la qualification d'OQ (ouvrier qualifié),
lle certificat de maîtrise professionnelle (CMP) pour l'OHQ (ouvrier hautement qualifié),
lle brevet de technicien (BT) et le brevet de technicien supérieur (BTS).
Pour les branches banque, assurances, économie et droit, les formations sont validées par les certificats de maîtrise des techniques comptables (CMTC), d'économie et de droit (CED), le brevet professionnel assurance ou le brevet professionnel banque.
L'offre de formation couvre 22 branches professionnelles et assure plus de 350 spécialités tous modes de formation confondus. Quant à la formation professionnelle privée qui avait été supprimée en 1976, elle a été ré instituée en 1991. Les établissements de formation professionnelle privés qui étaient au nombre de 105 à fin 1993, avec à peine 5 000 places pédagogiques, s'approchaient des 400 à la fin des années 1990, avec plus de 22 000 places pédagogiques et une répartition territoriale sur la majorité des wilaya du pays. Trait distinctif : la plupart des écoles privées de formation ont des relations de partenariat avec les entreprises publiques et ne développent que des spécialités de formation répondant à des besoins confirmés par le milieu professionnel. En règle générale, la demande s'oriente sur les actions de formation pointues de courte durée et immédiatement opérationnelle, organisée selon le principe de l'alternance.
Des chiffres impressionnants
Les chiffres, on le constate, sont impressionnants et on serait tenté d'en conclure qu'ils parlent d'eux-mêmes. Pourtant, la réalité ne confirme pas cet optimisme. Le système national d'éducation laisse sur le bord de la route, des cohortes et des cohortes d'exclus. Chaque année, les déperditions représentent plus de 500 000 jeunes dont presque 150 000 en fin de 9ème AF et 120 000 en fin de 3ème AS. Selon un rapport du Conseil national économique et social (CNES), du fondamental au supérieur, le taux de déperdition est de 95 %. Sur 100 élèves, douze années après leur entrée dans l'école fondamentale, 9 seulement obtiennent leur baccalauréat et 5 terminent avec un diplôme d'études supérieures. Faut-il s'étonner, ensuite, si 92 % des capacités de l'appareil de formation professionnelle sont " accaparés " par les jeunes en rupture de scolarité ?
L'acquisition d'une qualification professionnelle est réservée aux élèves n'ayant pas la qualification requise pour accéder au secondaire et à l'enseignement supérieur. Cette école de la 2ème chance va leur délivrer des diplômes censés permettre leur insertion socioprofessionnelle. Mais le produit de la formation est très en deçà des exigences technologiques et professionnelles du marché de l'emploi. Il ne correspond souvent que très peu à ce que recherchent les employeurs. On ne forme pas de cadres moyens directement opérationnels. Les jeunes, pour leur part, qui sont en quête d'une entrée rapide dans la vie active ne cherchent pas une insertion socioprofessionnelle par le biais d'une formation professionnelle classique. Aux formations d'ouvriers (OS, OQ, OHQ), ils préfèrent l'informel et le secteur de l'artisanat. D'après les chiffres de l'ONS, l'économie informelle représenterait aujourd'hui 17 % de la production algérienne. Dans un rapport publié en 2003, le CNES signalait que l'emploi informel constituait 17,2 % de l'emploi total et 21,9 % de l'emploi hors agriculture. Plus de 1,2 million de personnes sont employées dans cette nébuleuse qui croît au taux de 8 % par an.
Les formations de technicien sont plus demandées...
Les formations de technicien et de technicien supérieur sont, en revanche, plus demandées, mais elles accusent des limites de capacités.
L'implantation des établissements de formation n'est pas toujours en adéquation avec les vocations et les potentialités régionales et locales, ni avec les capacités d'absorption du marché de l'emploi. Les établissements implantés dans les grands centres urbains sont soumis à une formidable pression à cause de la forte demande de formation alors que ceux situés en milieu rural n'arrivent pas à trouver suffisamment de candidats à une formation.
En définitive, le système d'éducation et de formation doit accélérer sa mutation qualitative pour se tourner davantage vers une demande avide d'entreprendre et d'innover et une jeunesse impatiente et sollicitée par les défis de la mondialisation. Pour résumer, l'école doit s'ouvrir à l'emploi, c'est un impératif. A condition, il va sans dire, que l'économie en créé.
Abdelatif Rebah |